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Traversée de l’atlantique

 
Samedi 11 décembre : Préparation de la traversée

  
Nous quittons Santa Cruz de Tenerife avec 200 kilos d’eau et de nourriture : nous voulons être tranquilles  pour au moins 45 jours sans ravitaillement, même si l’escale aux îles Cap Vert permettra de refaire un apoint. Le vent étant trop faible ce premier jour, nous nous rendons au mouillage de Bahia de Abona (Tenerife) à 20 miles au Sud ouest de l’île pour y passer la nuit avant le grand départ. Au mouillage, j’en profite pour nettoyer la coque d’Apache en plongée, pour qu’elle glisse au mieux sur l’eau. Nous faisons ensuite une dernière balade et baignade sur Tenerife.
Le soir, nous faisons connaissance avec 3 retraités français partant sur un Lagoon 420 pour un tour du monde. Ils prennent avec nous un fichier météo et effectuent avec leur Logiciel maxsea le module routage afin de déterminer la meilleure route pour nous rendre au cap vert. Nous analysons qu’il y a très peu de vent sur la route directe et que la route la plus rapide serait de passer assez proche des côtes marocaines pour espérer un peu plus de vent. Par ailleurs, nous bénéficierions de 4 jours de vent favorable avant l’arrivée d’une nouvelle dépression sur les îles Canaries.

Notre décision est confirmée, nous partons dès le lever du jour le lendemain et pointerons plein sud, pour viser un point théorique situé à 70 milles au large de Dakhla (ville militaire du Sahara Occidentale Marocain).

 

   Les Canaries-Le Cap Vert

 
Dimanche 12 décembre – Départ pour le Cap Vert

  
A 7h du matin, nous quittons l’excellent mouillage de Bahia de Abona, au milieu de la cote sud est de Tenerife. Notre dernière nuit fut d’un calme surprenant : ni houle, ni vent au mouillage, situation rarement rencontrée pendant notre séjour. Nous quittons Tenerife avec peu de vent : 2 beaufort de Nord Ouest et tenons un petit rythme de 2 à 4 nœuds jusqu’à 13h. Nous profitons du calme pour réparer notre annexe car le tissu se décolle à plusieurs endroits et nous pêchons 2 dorades coryphènes d’un bon kilo ainsi qu’un poisson très étrange dont nous ne connaissons pas le nom, le départ commence bien ! A 13h, le vent se lève d’un coup passant de 5 à 20 -25 nœuds en moins de 5 minutes, alors que nous sommes éloignés à 20 milles de l’ile. Nous pensons que ce sont les montagnes de Tenerife qui nous abritaient et nous avons été très surpris par ce changement si brutal. Nous le voyons à l’œil : mer blanche en face de nous, mer calme derrière nous. Cette brise de grand largue pousse immédiatement Apache (à une vitesse de 7 nœuds) qui glisse pour rattraper le retard. Vers 18h30, la nuit tombe en même temps que le vent. Durant toute la nuit nous alternons  voile et  moteur (qui a fonctionné 7h pour cette première journée). Les vents seront très changeants et nous devons régler en permanence nos voiles.

 

Distance parcourue : 110 milles. Position : 26°N20,6 – 16°W37,7 - Baromètre : 1009 hpa, Température de l’air de 19,5 à 26,5°C. Eau à 19,2 °C.

 
Lundi 13 décembre

 
La journée débute au moteur par un temps magnifique et une mer d’huile. Nous émergeons difficilement de notre première nuit de quart car nous en avons perdu l’habitude. Enfin, un bon petit déjeuner avec des tartines de pain beurre confiture nous remet sur pied. Vers 10h, le vent revient et nous arrêtons le moteur. Nous prenons aussi un fichier météo grâce à notre téléphone iridium : celui-ci confirme notre choix de route : nous longerons les côtes marocaines à une distance de 70 milles. Le midi nous nous régalons avec l’une de nos dorades pêchées et le reste des pommes de terre  transformées en purée avec des morceaux de fromage acheté à Tenerife. L’après midi, le vent se stabilise à 8 nœuds, nous sommes au largue. J’en profite pour mettre notre gennaker qui nous fait gagner un peu de vitesse : nous marchons autour de 5 nœuds. Vers 17h nous nous motivons pour faire un peu de gymnastique : étirements, abdos, pompes … pour conserver la forme et nous mettre en appétit car ce soir, Gwénaël attaque son jambon ibérique !

   Un délice. Avant la nuit, nous affalons le gennaker car le vent doit monter. C’est ce qui se passe en début de nuit : 15 puis 20 nœuds de travers, nous filons à 6 - 7 nœuds toute la nuit.

  
Distance parcourue : 134 milles. Position : 24°N10 – 17°W08
Baromètre : 1009 hpa, Température de l’air de 22 à 27,2°C. Eau à 19,2 °C.

  

 


Mardi 14 décembre


Jusqu’à midi, un bon vent nous pousse toujours à 6 – 7 nœuds, le point établi montre que nous avons dépassé Dakhla, cela nous donne le moral. Sur ce 3ème jour, nous prenons nos marques dans cette transat et nous nous fixons naturellement les rituels suivants : Karen fait veille de 19 à 21h, 23 à 1h, 3 à 5h, Gwen fait l’autre partie. Vers 7h 30, nous prenons le petit déjeuner, puis Gwénaël va dormir de 8 à 10h, c’est ensuite Karen qui fait un somme de 2h environ. Vers 12h30 nous déjeunons, Gwénaël se repose 1 ou 2 heures, puis les rôles s’échangent. Le soir, nous dînons juste avant la tombée de la nuit vers 18h30. Les journées passent assez vite, nous nous régalons de lecture : Karen finit son roman « Millénium » de STIEG LARSSON et Gwénaël termine « Les naufragés de l’île Tromelin » de Irène FRAIN. A midi, nous avons cuisiné un riz au lait (moyennement réussi). Cet après midi, le vent tombe malheureusement et nous entendons les voiles qui claquent à cause de la houle : quelle horreur ! 

 Dans la soirée, celle-ci s’amortit et durant toute la nuit, nous avons une mer d’huile sans vent, ce qui nous permettra de dormir comme dans un port, bercé par le ronronnement du moteur qui tournera 13h d’affilée. Avant le coucher du soleil, nous faisons un peu de gymnastique pour nous mettre en appétit (cela deviendra systématique par petit temps). Ce soir, nous arrosons par une petite bouteille de vin rouge du Duero (rivière au centre de l’Espagne débouchant à Porto) notre passage du tropique du cancer à 23°N26’3, qui représente la culmination maximum du soleil le 21 juin, soit 90° par rapport à l’horizon : ça y est, nous sommes vraiment sous les tropiques !

Nous savourons ce vin avec quelques tranches du jambon ibérique et des fromages Espagnols. Pendant la nuit, nous verrons à chaque quart des cargos ou des bateaux de pêche, sans doute du fait de notre proximité avec le continent africain.

 
Distance parcourue: 118 milles. Position : 22°N28’16’’ – 18°W03’
Baromètre : 1006 hpa, Température de l’air de 23,2 à 27,9°C. Eau à 18,6 °C.

  

 


Mercredi 15 décembre

  
Juste avant le petit-déjeuner, le vent revient pour quelques petites heures, ce qui nous permet d’arrêter un peu le moteur. Nous prenons un nouveau fichier météo avec notre Iridium et nous constatons que les 5 prochains jours seront calmes : vent de Nord ouest entre 5 et 15 nœuds. Maintenant, nous voyons plus clair dans notre traversée et savons que nous n’arriverons pas avant 4 – 5 jours, ce qui nous démoralise un peu sur le moment. En fin de nuit et toute la matinée, nous avons vu beaucoup de dauphins et avons pris plaisir à les observer.

Ce matin, nous mettons nos affaires à prendre l’air car la nuit a été extrêmement humide : le pont était trempé et la grand voile a ruisselée toute la nuit, c’est la première fois que nous voyons une telle humidité. A midi, nous cuisinons notre dorade coryphène qui séchait depuis 4 jours. Nous l’avons cuite avec une petite ratatouille (enfin, tomates et oignons seulement) et y avons ajouté un peu de semoule : quel délice ! Pour nous, cette méthode de conservation est idéale car notre glacière électrique baisse la température de 16 degrés seulement (il fait presque 30°C dehors) et elle consomme beaucoup de courant. Nous la faisons marcher seulement quand on est au moteur.

Toute cette journée et la nuit jusqu’à 3h se passera pratiquement sans vent, au moteur et notre réserve de carburant à sérieusement diminué : il ne nous reste plus qu’une vingtaine de litres.

Ce petit temps nous permet de lire beaucoup, au moins 8 h par jour et vers 17h, nous nous accordons une baignade dans l’océan avec quelques plongeons du bateau : quel bonheur !

Enfin la nuit, nous avons le plaisir d’admirer un magnifique ciel étoilé et identifier quelques constellations et étoiles (la polaire, la grande et petite ours). Nous nous disons que finalement le petit temps c’est plus sympa !

 
Distance parcourue: 104 milles. Position : 21°N19,6  – 19°W20,8
Baromètre : 1007 hpa, Température de l’air de 24,1 à 29,1°C. Eau à 20,6 °C.

 

 

Jeudi 16 décembre

 
Le vent revient enfin dans la matinée, de force 2 d’abord puis 3 l’après midi, sur une allure de près ce qui nous soulage au regard de nos réserves de gasoil. Ce matin, Karen a travaillé son mémoire de médecine. De mon côté, j’étudie l’utilisation du sextant et effectue quelques relevés : demain, je m’en servirai pour faire un point précis. A midi, nous avons fait quelques crêpes aux fromages. En ce début d’après midi, le vent monte à 15 nœuds et le bateau gite entre 10 et 15° : nous avions perdu l’habitude de cette allure ! L’après midi et toute la nuit suivante, le vent sera variable entre 15 et 20 nœuds, nous retrouvons le plaisir de la voile et prenons un ris dans la nuit pour éviter quelques fâcheux départs au lof.

 

Distance parcourue: 138 milles. Position : 19°N50  – 21°W02
Baromètre : 1007 hpa, Température de l’air de 25,1 à 30,2°C. Eau à 21,5 °C.

 

 
Vendredi 17 décembre

 
Aujourd’hui, le vent sera encore notre principal souci. Il faiblit en premier lieu pour s’établir aux alentours de 5 nœuds sans jamais disparaître (ouf !) puis au fur et à mesure que la journée avance, il tourne vers le sud ouest, là où nous faisons route. Nous devons donc toute la journée ajuster notre pilote au plus près du vent pour éviter de faire route trop au sud, et viser le Cap Vert au Sud est. Malheureusement, la météo prévoit des vents très faibles pour les 3 jours à venir. Nous décidons donc de faire route au plus court et viser l’île la plus à l’est du Cap Vert, Sal, située à seulement 150 milles de nous.

Là bas, nous attendrons un ou deux jours des conditions plus favorables pour atteindre Mindelo. A midi, j’effectue mes premiers relevés au sextant : je calcule la longitude en visant à 2 reprises le soleil, environ une heure avant et après son zénith. J’en déduis ainsi l’heure de passage au zénith et la convertis en degrés pour obtenir ma longitude.

Quand le soleil est proche du zénith (plein sud), je le regarde en permanence avec le sextant pour obtenir son angle maximum et en déduire notre latitude. Mes relevés me font obtenir un résultat éloigné de 30 mille nautique du GPS. Je ne suis pas vraiment surpris par cette erreur étant donné que mon sextant est plutôt bas de gamme et que la houle présente au moment des relevés me gênait terriblement, mais j’espérais faire mieux tout de même. Pour moi, ces calculs ne sont pas primordiaux, dans la mesure où il faudrait que nos 3 GPS tombent en panne pour avoir impérativement besoin de ce mode de positionnement sur le globe, mais ça permet de me rendre compte des difficultés rencontrées par les navigateurs il n’y a pas si longtemps, avant l’apparition du GPS dans les années 90.  Le reste de la journée passera paisiblement : repos, lecture, rêveries, contemplation de la mer…

Quel bonheur d’avoir enfin du temps pour soi et d’être coupé du monde, sans contrainte, sans impératif et où seul le moment présent compte …

Distance parcourue : 119 milles. Position : 18°N11  – 21°W56
Baromètre : 1007 hpa, Température de l’air de 25 à 30,1°C. Eau à 22 °C.

 


Samedi 18 décembre

 
La bonne nouvelle tient au fait que l’île de Sal est à moins de 100 milles de nous, les vents sont toujours très faibles mais nous sommes maintenant certains d’arriver dimanche matin, d’autant que nous n’avons pas utilisé notre moteur depuis 3 jours et qu’il nous reste toujours 20 litres.

La journée se passe donc comme à l’accoutumée : veille, sieste, lecture, observation des poissons volants et des dauphins, cuisine … et nous envoyons le gennaker en début d’après midi, suivi du grand spi en fin de soirée, car les vents ont tourné de 180°. En début de nuit, le vent est très faible et nous finissons au moteur. A 8h, nous entrons dans le port Baia de Palmeira de l’île de Sal. Le lever du jour et du soleil sur l’île sont splendides. Nous sommes maintenant au Cap Vert après 1 semaine et 1 heure et 830 milles de navigation.


Distance parcourue sur 24h : 117 milles. Position : 16°N45,25  – 22°W58,8
Baromètre : 1008 hpa, Température de l’air de 25 à 32°C. Eau à 22 °C.

 

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