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Traversée de la mer des Caraibes : La Martinique au Guatemala

Mer des Caraibes

Carte de notre navigation

Jeudi 10 février – départ du Marin à la Martinique

A 15h, nous quittons le mouillage de St Anne de La Martinique, situé juste à la sortie de la baie du Marin pour prendre le large. Avant de partir, nous nous accordons un dernier footing sur le sentier de randonnée longeant le littoral « Trace des caps », une bonne baignade dans les eaux claires de Ste Anne et un bon repas au calme. Nous quittons La Martinique plein vent arrière et mettons le cap à 250°, en direction de « Islas de Aves » au Vénézuela à environ 420 milles. Nous avons aussi l’intention de faire escale à Curacao aux Antilles Néerlandaises (environ 80 milles de Las Aves) et terminerons par quelques petits îlots du Honduras. D’après nos calculs, ces escales ne nous rallongent que de 50 milles sur les 1500 milles prévus pour cette traversée. L’intérêt est de couper cette longue navigation en 3 étapes de 3 puis 5 et 2 jours de navigation. A notre départ, les alizés sont assez soutenus (environ 25 nœuds), Apache retrouve son bon rythme de croisière pour filer dans les 7 nœuds de moyenne, voiles en ciseaux, grand voile à 2 ris et solent entièrement déroulé. 3 h après avoir quitté Ste Anne, une mer courte et hachée nous ballote fortement, c’est sans doute l’effet des canaux et de l’île car après une douzaine d’heures, les vagues sont plus régulières. La nuit se passe tranquillement et nous retrouvons peu à peu notre rythme de navigation régulé par les quarts.

Vendredi 11 février

Au lever du jour, j’installe nos lignes de pêche dans l’espoir de manger du poisson frais (nous n’en avons pas pêché depuis l’atlantique de peur d’attraper la Ciguatera et nous devions par ailleurs finir nos restes de poissons séchés). 2 h plus tard, Karen entend le winch qui s’emballe et me réveille, nous avons quelque chose au bout de la ligne. En effet, nous remontons après 5 minutes de lutte un petit thon de 3 kg, la taille idéale pour nous. Je le découpe et Karen prépare une marinade pour ce midi, nous allons nous régaler et le poisson sera à volonté ! Durant toute cette journée, l’alizé a un peu faibli pour s’établir à 20 nœuds en moyenne, ce qui fait notre affaire. A 15h, nous faisons notre relevé : 170 milles parcourus pour cette première journée ! Nous allons plus vite que prévu ce qui est de bon augure pour effectuer cette longue traversée. Le reste de la journée sera une alternance de sieste, de lectures, notamment le guide de navigation américain « To Belize and Mexico’s caribbean Coast » écrit par Captain Freya Rauscher. Il nous aidera à traverser la longue barrière de corail du Belize…et à se remettre à l’anglais ! Au menu du soir, ce sera encore du thon.

Position après 24h : 13°N59 – 63°W37. Lock : 170 milles

Samedi 12 février

Rien de très spécial pour cette journée et cette nuit, le vent et la mer se sont un peu calmés et nous naviguons toujours voiles en ciseaux avec 2 ris pour ralentir le bateau afin de ne pas arriver de nuit à Islas de Aves. Nous notons en permanence un bon nœud de courant nous portant vers le Guatemala, ce qui est toujours encourageant. Côté repas, nous mangeons végétarien en raison de l’abondance de poisson mangé la veille (un peu écœuré peut être !)

Position après 24h : 12°N52 – 66°W12. Lock : 157 milles

Dimanche 13 février : Islas de Aves au Vénézuela

A partir de 4 à 5 heures du matin, nous voyons et entendons de plus en plus d’oiseaux, signe de notre approche des terres. Vers 6h, je distingue enfin le phare des « Islas de Aves » (en français : îles des oiseaux) quand nous sommes à 8 milles de lui. Puis la lumière du phare s’éteint vers 6h30, heure du lever du jour, puis plus rien. C’est seulement vers 7h que je distingue l’unique cocotier de l’île du phare, avant de revoir son phare ! Ces îlots sont tellement bas (je pense inférieur à 5m) qu’on ne les aperçoit qu’à proximité (environ 3 à 4 milles). Au fur et à mesure qu’on s’en approche, nous apercevons des nuages d’oiseaux, puis les brisants déferlant sur la barrière de corail. Nous arrondissons largement le récif par l’ouest, nous constaterons ensuite que nos cartes CM93 présentent une erreur de 0,3 mille, ce qui est considérable. Heureusement, nous avions récupéré les « infos mouillages » de navigateurs BANIK, ayant fait en 1996 un circuit similaire à celui que nous envisageons. Les croquis et leurs relevés GPS nous ont bien aidé pour réaliser l’approche. Il est aussi impératif d’arriver de jour quand on vient pour la première fois : nous avons freiné notre navigation pour arriver vers 8h le matin. Une fois le récif contourné, la houle disparaît et nous trouvons à l’endroit où nous avions prévu de mouiller deux bateaux de pêche Vénézuéliens. Nous mouillons à 8h par 5m d’eau, sur un fond de sable et de coraux (mieux vaut prévoir de la chaine car les coraux sont très coupants), notre position est 12°N03,4 et 67°W41,195. A part les pêcheurs, nous sommes seuls au monde ! Aucun voilier, une différence énorme avec les Antilles où il faut souvent jouer serré pour poser son ancre entre les autres bateaux ! Cette première étape représente 431 milles, elle aura duré 2 jours et 15h, notre moyenne est de 6,8 nœuds.

 

 

Cay Cocorocuma et Vivorillo

Ces minuscules îlots de quelques centaines de mètres sont composés de sable et de coraux et tapissés d’une végétation très modeste. Poser notre ancre dans ces lieux nous a fait éprouver un immense bonheur : je rêvais depuis mon départ de France de me retrouver sur une petite île, seul au bout du monde. Tout d’abord, nous avons été surpris par la clarté des eaux : le bleu foncé de l’océan devient turquoise au fur et à mesure qu’on avance vers le rivage, nous apercevons par endroit du marron clair quand les coraux affleurent l’eau. Dans ces îlots, le vent de l’alizé souffle très régulièrement car l’absence de relief ne crée aucune perturbation. Après une petite sieste, nous enfilons nos palmes, masques, tubas pour partir explorer les fonds marins. Je prends aussi mon fusil au cas où nous trouverions des langoustes. L’eau est d’une clarté incroyable, des milliers de poissons nous regardent et passent tout proches de nous. Nous rencontrons  aussi de magnifiques coraux. Du côté au vent des îlots, nous pêcherons 2 langoustes qui feront notre bonheur à midi. Après 2 heures de plongée, nous rentrons au bateau pour déguster notre pêche. Les pêcheurs viennent nous voir en début d’après midi pour nous proposer des langoustes, Cigaros et poissons. Le prix proposé est de 8 bolivars le kilo pour les crustacés. N’ayant pas d’argent local, nous leur échangeons une bouteille de vin de Bordeaux contre un gros Cigaros d’environ un kilo : cela ressemble à la langouste au niveau du goût mais a la forme d’un gros scarabée : il fera notre régal du soir d’autant qu’il est vivant. Je le place donc dans mon filet, derrière le bateau pour qu’il vive jusqu’à ce soir. L’après midi, nous repartons pour 3h de plongée et d’exploration de l’île. Nous débarquons sur l’île à la nage et surprenons avec notre appareil photo 2 pélicans dormant sur un tronc d’arbre mort charrié par la mer sur la plage. Comme nous sommes dans l’eau, ils ne nous voient pas et nous pouvons les approcher de près. Sur l’île, des milliers d’oiseaux tournent au dessus de nos têtes, nous longeons la plage pour ne pas trop les déranger. De l’autre côté, nous repartons explorer les coraux : je vois alors 5 ou 6 autres langoustes, bien cachées dans les coraux et réussirai seulement à en attraper une avec mon fusil. Celui ci est trop long et je n’arrive pas à le faire rentrer dans les petits trous où la langouste se cache. Cette chasse à la langouste me vaudra par contre de nombreuses plaies et je m’en souviendrai au moins une bonne semaine. Pour info, certains coraux coupent comme des lames de rasoirs, il suffit de les effleurer pour obtenir une bonne plaie. L’un d’eux que je repère facilement maintenant m’a provoqué de fortes démangeaisons et des sensations de brûlures. Pendant une semaine, il me faudra passer du désinfectant et mettre des pommades sur ces plaies. J’en ai négligé 2 en Martinique qui se sont infectées rapidement. Enfin, tous ces petits bobos seront vite oubliés face à toutes ces merveillleuses images de fond sous marins que nous conserverons longtemps et l’incroyable repas du soir. Nous mangerons notre gros cigaros et langouste jusqu’à satiété : une première !

Concernant le Vénézuela, nous avons choisi de ne pas faire les autres îles (en particulier Los Testigos, Margarita, Tortuga) suite aux recommandations de l’ambassade de France. Il semblerait que plusieurs voiliers se soient fait agresser le long de ces côtes Vénézuéliennes. Par ailleurs, nous manquions de temps car nous devons retrouver Jeff, le copain de Karen le 28 février au Guatemala.

A 20h, nous quittons de nuit notre merveilleux mouillage des Aves pour une nouvelle nuit en mer en direction de Curacao (Antilles Néerlandaises).

Lundi 14 février : Curacao

Cette navigation de nuit sera tranquille et nous croiserons juste un cargo. A 9h, nous nous trouvons en face de l’entrée de Spanish Water (ou Spaanse Haven en Néerlandais). L’entrée n’est pas facile à repérer car la passe ne fait pas plus de 50 mètres de large. Heureusement, la cartographie que nous avons de ces lieux est précise au mètre près et nous nous guidons grâce au GPS. L’entrée dans cette grande baie intérieure est vraiment magnifique, malgré le grand hôtel occupant la partie est de la berge. Nous nous retrouvons au ras du rivage, tout proche des palétuviers. Ici, l’eau est trouble et nous suivons avec confiance notre carte et notre GPS, jusqu’à la zone de mouillage située dans la partie ouest de la baie. Pour les tirants d’eau comme le nôtre (1,80 m), il faut faire attention car il y a une roche non balisée à l’intérieur de la baie. Nous mouillons finalement dans 4 à 5 mètres d’eau avec de nombreux autres bateaux, on se retrouverait presque au Marin !

Spannish Water Curacao

Ne faisant qu’une étape à la journée, nous ne ferons pas les formalités d’entrée et de sortie, les contrôles étant à priori rares d’après un plaisancier hollandais en route pour Panama, avec lequel nous sympathisons. Nous mettons alors notre annexe à l’eau et débarquons dans une petite marina. Nous entreprenons de nous rendre à pied à la ville principale Willemstad, éloignée de 10 km. La route est vraiment pénible et nous trouvons un habitant de Curacao pour nous prendre en stop. Nous montons dans son énorme pick-up 4 x 4 climatisé, ça fait du bien. Il nous apprend que cette île jouit d’un statut particulier et n’est pas vraiment hollandaise comme nous le pensions. Cette île vit principalement des capitaux financiers qu’elle accueille, c’est certainement une sorte de paradis fiscal. Il y a aussi pas mal de touristes dans la ville, notamment du fait de l’escale d’un énorme paquebot. Ici, le prix de l’alimentation est le même qu’aux Antilles françaises et nous rencontrons beaucoup de Vénézueliens venant vendre leurs produits : fruits, légumes, poissons, … A Curacao, il n’y a pas d’agriculture contrairement à nos îles Antillaises. Le climat semble d’ailleurs bien plus sec, sans doute du fait de l’absence de montagne. La ville de Willemstad est vraiment propre et les maisons sont construites avec goût, avec un certain aspect hollandais. A midi, nous déjeunerons dans une sorte de marché couvert où nous trouverons des plats locaux excellents pour un prix très raisonnable (2 plats et 2 bières pour 30 Ang soit 15€ environ). Nous comprenons donc pourquoi l’endroit a tant de succès. L’après midi, nous marchons et flânons une bonne heure à Willemstad avant de rentrer. Nous découvrons un sentier côtier allant jusqu’à Spanish Water : nous tentons de rentrer par cette voie. Nous ne serons pas déçus car il nous fera découvrir le littoral et raccourcira en plus notre route. A 16 h 30, nous buvons un petit rafraîchissement pour dépenser nos derniers Florins. Nous rentrons ensuite au bateau, faisons une petite lessive, envoyons un message avec l’Iridium et préparons le bateau pour la longue navigation qui nous attend jusqu’au Honduras, la prochaine destination. Nous avons bien apprécié cette petite escale.

A 19h, nous sortons de Spanish Water et partons vers l’ouest pour contourner l’île de Curacao. Nous passerons entre 5 ou 6 Cargos au mouillage devant Willemstad avant de retrouver la solitude des navigations hauturières.

Mardi 15 février

La bonne surprise de la nuit sera la compagnie d’un oiseau venu se poser la veille vers 21h sur la bouée fer à cheval. Il restera avec nous jusqu’au lever du jour où il s’envolera. Cet oiseau n’était vraiment pas farouche, nous l’approchions à 30 cm puisqu’il s’est posé en milieu de nuit sur le winch présent sur le roof qu’on utilise pour prendre nos ris. La suite de la journée sera classique, nous dormirons toutefois un peu plus que d’habitude pour récupérer de nos 2 journées de visites. Pour le repas du midi, j’ai préparé du thon avec une sorte de court bouillon Martiniquais. C’était tellement bon que je vais vous donner la recette :

-          Thon bien dessalé

-          1 demi-citron pressé avec sa pulpe

-          1 piment végétarien

-          1 petit poivron

-          1 tomate

-          Un petit morceau de gingembre haché menu

-          1 à 2 cuillères à soupe de vinaigre balsamique

-          1 à 2 cuillères à soupe d’huile d’olive

-          1 pincé de poivre et sel (si poisson trop dessalé)

Laisser la préparation 1 ou 2 h à mariner puis ajouter de l’eau pour recouvrir le poisson et faire mijoter une vingtaine de minutes. Servir avec du riz ou des patates douces.

Position après 24h : 13°N24 – 71°W15. Distance : 164 milles

Mercredi 16 février

La nuit se passe bien mais la mer et le vent forcissent un peu (25 nœuds d’est). Vers 10h, nous voyons approcher un énorme nuage assombrissant totalement le ciel. Très vite le vent monte, nous roulons totalement le solent. Dans le grain, nous notons 40 nœuds de vent très violent avec de la pluie. Apache se comporte bien à 160° du vent et ses 2 ris dans la grand voile. Le vent tourne d’environ + 20 à 30° (soit vers le sud est) sous l’effet du grain. Une demi-heure tard la pluie s’arrête et nous retrouvons nos conditions de navigation. Depuis le lever du jour, nous traînons notre ligne de pêche sans succès, le repas du midi sera végétarien (banane plantain et riz au curry). Dans l’après midi, je dessale le reste de thon puis prépare une marinade, au même moment, j’entends le winch siffler : nous avons une touche ! En effet, j’aperçois au loin une belle dorade coryphène prise sur l’hameçon, il nous faut une dizaine de minutes pour la remonter à bord du bateau. Celle-ci est de belle taille : 1,09 m et doit peser pas loin de 15 kg, elle est un peu plus grosse que celle pêchée dans l’atlantique. Une fois morte, je découpe immédiatement les filets, les salent abondamment pour qu’ils se conservent dans nos boites. Cette dorade tombe bien car nous n’avions plus de poisson. Le soir, nous mangerons encore beaucoup de poisson. Daurade à la tahitienne pour commencer puis, ma marinade de thon avec de la dorade pour continuer, accompagnées de riz : délicieux. Nous devenons désormais experts dans la pêche, la découpe, le conditionnement et la préparation du poisson ! Dans la nuit, nous verrons 3 cargos en provenance de Panama, nous sommes juste en face.

Position après 24h : 14°N02 – 74°W18. Distance : 178 milles notre meilleure moyenne : elle est dûe au courant 1 à 2 nœuds nous portant à l’ouest.

Jeudi 17 février

En fin de nuit, nous constatons que le courant s’annule et devient contraire de 0,3 à 0,5 nœuds, nous sommes au milieu de  la mer Caraïbe, étrange ! Le vent mollit à 20noeuds et nous subissons un nouveau grain vers 9 h peu violent (environ + 5 nœuds). Dans l’après midi, le vent baisse encore un peu et tourne au nord est, nous renvoyons un ris puis passerons au grand largue. La nuit est tranquille, nous croisons 2 cargos dont un n’émet pas en AIS. Heureusement que nous avons aussi un détecteur radar.

Position après 24h : 14°N17 – 76°W38. Distance : 145 milles

Vendredi 18 février

L’alizé se calme encore, 15 nœuds puis 12 nœuds, ce qui nous permet maintenant de renvoyer toute la toile et conserver notre vitesse de 6 nœuds. Par contre, nous devons lofer de 20° en raison d’un courant transversal nous déportant vers le sud, en direction de panama. La journée est très ensoleillée et nous avons vraiment chaud dans le bateau. En fin d’après midi, une bonne pluie s’abat sur nous pendant 5 minutes, nous en profitons pour prendre une bonne douche d’eau douce, cela fait du bien et nous rafraîchi. Comme d’habitude, nous mangeons de la dorade marinée avec des tomates, citrons, piments, gingembre, vinaigre, huile d’olive accompagnée de riz.

Position après 24h : 14°N44 – 79°W12. Distance : 152 milles

Samedi 19 février

Nous approchons maintenant des hauts fonds du Honduras et comptons y arriver dans l’après midi. En attendant, nous perdons un peu de temps sur nos prévisions en raison d’un nouveau courant contraire d’un nœud depuis minuit : notre moyenne tourne de nouveau dans les 5,5 nœuds. C’est à n’y rien comprendre sur la façon dont agissent les courants dans cette partie du globe. Heureusement, les vents sont toujours bien présents et ont maintenant tourné au nord est, nous nous retrouvons sur une allure de largue. Par moments, la mer est très agitée et cette allure n’est pas des plus confortables : les embruns arrosent le pont et le cockpit en permanence. Vers 16h, les fonds passent d’un coup du millier de mètres à la dizaine. Nous nous retrouvons sur « Gorda bank », zone de hauts fonds s’étendant sur une centaine de milles. Nous sommes en plein milieu de l’océan et nous apercevons le fond évalué à 15 mètres par notre sondeur. Nous ne sommes pas vraiment fiers et nous espérons que nos cartes n’ont pas oublié de recenser une caye. Karen s’affole un peu et veut à un moment faire demi-tour pour contourner l’ensemble de ces bancs. Pour ma part je souhaite  prendre le risque et j'ai du mal à la convaincre : nous sommes trop avancés à présent, faire demi tour représenterait 100 milles supplémentaires avec une bonne partie contre le vent et le courant. Sur le banc nous apercevons des pêcheurs, je les appelle à la VHF pour leur demander s'il n’y a pas de danger sur ce banc, ils me répondent que non d’après ce qu’on semble comprendre (l’accent est assez fort ici). Nous nous engageons donc sur le plateau, la mer semble diminuer. Nous savons aussi que la météo pour la nuit sera bonne et que la pleine lune nous éclairera de 21h au lever du jour. Si comme nous vous passez par là sachez qu’il n’y a aucun souci entre le point 15N°13 – 81°W03 et le point 15°N41 – 83°W00.

Position après 24h : 15°N19 – 81°W39. Distance : 148 milles

Dimanche 20 février

Durant toute la nuit, nous serons extrêmement vigilants et nous veillerons 100% du temps. Par ailleurs, nous devons ralentir Apache à 5 nœuds afin d’arriver de jour (8 à 9h semble bien). Nous naviguons ainsi tranquillement avec la grand voile seule à 2 ris en début de nuit, surveillant en permanence le sondeur, nos cartes et la mer afin de détecter d’éventuels brisants. La visibilité est plutôt bonne grâce à la pleine lune. Par chance, le vent a faibli dans la nuit (environ à 15 nœuds), la mer est assez calme et nous mettons un peu de solent. Toute la nuit nous constatons une exacte correspondance entre la profondeur indiquée sur notre carte et celle du sondeur, ce qui nous rassure. Tout se passe au mieux et nous apercevons au lever du jour le petit groupe d’îlots de Cocoruma Cay. Ce groupe d’îlots émerge tout juste de l’eau et seule l’île centrale a des arbres. Nous mouillons par 6 mètres d’eau à la position  15°N42,05 – 83°W00,01. L’approche par le sud est franche et l’on voit parfaitement la mer passer du bleu foncé au bleu turquoise où nous avons mouillé. Par ailleurs, nous identifions très bien les coraux affleurant l’eau le long des îlots. Le fond est composé de sable et de coraux. Après vérification de l’ancre en plongé, je constate qu’elle ne risque pas de bouger car elle est coincée dans 2 gros coraux : il va falloir que j’installe un orin pour pouvoir la récupérer quand nous partirons. A côté de nous, 4 bateaux de pêche sont au mouillage. Les pêcheurs font des allés et retours à la caye pour nettoyer leurs casiers. Dans la nuit l’un d’eux nous suivait d’ailleurs en traînant des filets. A part eux, nous n’avons vu aucun voilier dans ces cayes et pendant notre traversée : cet itinéraire est très peu fréquenté car le chemin inverse s’avère impossible en raison des vents et courants contraires.

Cette seconde étape depuis Curacao représente 868 milles, nous avons mis 5 jours et 15h30 soit une moyenne de 6,4 nœuds.

Description de Cocoruma Cay et rencontre avec les pêcheurs

Cette île d’à peine 200 m de long est habitée une partie de l’année par les pêcheurs du Honduras. Ils trouvent là un lieu de repos et de travail au milieu de leur zone de pêche. Sous les cocotiers de l’île, se trouve leurs huttes et leurs tentes. Au sud de l’île, une barrière de corail forme un petit lagon. Ils utilisent ce lieu pour approcher le rivage et débarquer sur la plage avec leur « lancha » (barque d’une dizaine de mètres en fibre de verre, ayant peu de tirant d’eau et dotée un bon moteur. Elles sont l’outil idéal pour approcher les récifs aux plus près. Ils peuvent charger dedans un grand nombre de casiers). Nous avons rencontré les équipages de 2 bateaux de pêche aux langoustes et passé l’après midi avec 2 d’entre eux : Marco et Chris. Le soir, le capitaine Luis du chalutier « Miss Nicole » Nous invita à manger à leur bord. Nous avons découvert l’univers de vie des pêcheurs. Leur métier est difficile : ils restent en mer pendant 8 mois à pêcher la langouste. Une fois pêchées, les queues de langoustes sont congelées et gardées dans les chambres froides. Là, se trouvent plus d’une dizaine de tonnes : c’est vraiment impressionnant de voir l’abondance de ces mollusques. Ils utilisent des casiers en bois dans lesquels ils installent de la viande bovine. Ils laissent ces casiers 3 jours en mer avant de les remonter. Leur travail est très physique car ils manipulent leurs casiers à longueur de journée.

Autour de l’îlot principal, trois autres petits ilots émergent tout juste de l’eau. Ces îlots sont colonisés par les oiseaux. Nous avons exploré en plongée ces fonds marins, la faune et la flore y sont très riches, comme à l’accoutumée. Nous avons aussi pêché trois grosses araignées de mer, ressemblant aux nôtres mais avec des pattes et pinces plus grosses. Nous n’avons pas trouvé de langouste à notre grand regret. Par ailleurs, les pêcheurs nous ont montré la présence de gros escargots de mer le long du rivage, nous en avons récupéré un demi-seau (une vingtaine environ) que nous dégusterons le lendemain. Les pêcheurs nous ont aussi mis en garde sur la dangerosité du « Barracuda » : poisson carnassier ayant une large gueule munie de dents tranchantes comme des lames de rasoirs. Nous avons en effet pu observer toute la journée un barracuda sous notre bateau, il mesurait entre 1 et 1,2 m et nous observait à chaque fois que nous allions à l’eau. Nous ignorions auparavant les risques liés à ce poisson mais si les pêcheurs nous en ont tant parlé, c’est qu’ils ont certainement vu des mains ou pieds coupés par celui-ci. Pour eux, un barracuda est même plus dangereux qu’un requin.

Dans nos discussions avec les pêcheurs, nous avons appris que ces zones du monde sont relativement dangereuses, surtout quand on s’approche du continent. Eux aussi en sont victimes et ils nous ont révélé que le chien à bord de chaque bateau sert à les prévenir.

Lundi 21 février

Après notre bonne soirée passée avec les pêcheurs, nous reprenons la mer en direction de la Caye Vivorillo, située à 18 milles à l’ouest. Etrangement, le vent a totalement chuté et c’est la première fois qu’il est inférieur à 10 nœuds. La mer est calme et nous avançons tranquillement à 4 nœuds. 4h plus tard, nous arrivons à proximité de Vivorillo, nous mouillerons par 7 m d’eau sur fond de sable entre l’île principale et la première petite île à l’est sortant à peine d’un mètre de l’eau. Notre position est 15°N49,93 et 83°W17,92. L’approche par le sud est franche, nous observons sans mal le changement des couleurs : bleu foncé à turquoise quand les fonds remontent, le marron clair des coraux au ras de l’eau. Derrière l’île principale, se trouve 6 bateaux de pêche au mouillage. Les pêcheurs locaux utilisent de la même façon cette caye que celle de Cocoruma. Ils viendront plus tard nous saluer et regarder notre voilier, ils ont l’air très intrigué par son allure !

Encore une fois, nous trouvons ce lieu merveilleux : les couleurs, les petits îlots, les cocotiers, le vent régulier d’est, la solitude en dehors des pêcheurs … Tout nous rappelle que nous sommes loin de chez nous et comme dans un autre monde. A peine mouillé, nous partons faire une plongée pour découvrir les fonds et trouver de quoi manger pour ce soir. Pour notre bonheur, les coraux sont encore différents des autres Cayes explorées, nous en prenons plein les yeux. Dans cette plongée, nous ne trouverons ni langouste, ni crabe mais nous rapporterons 4 gros lambis : nous avons encore de quoi faire un festin ! Pendant notre plongée, nous rencontrerons 2 petits baraccudas avant d’être suivis jusqu’au bateau par un gros mesurant plus d’un mètre : impressionnant. A chaque plongée, nous rencontrons de gros barracudas nous suivant à 3 – 4 mètres. Je ne sais pas vraiment s’ils représentent un danger comme l’affirment les pêcheurs où s’ils sont simplement curieux ? En tout cas, leur regard et leur gueule semble toujours menaçants.

Après la plongée, je prépare les lambis comme me l’ont expliqué les pêcheurs : il faut casser la coquille à la 3ème spirale et couper la partie du mollusque l’accrochant à sa coquille. Ensuite, le lambis sort tout seul et il ne reste plus qu’à enlever le noir et toute la « glue » présente. La préparation est plutôt longue et pas vraiment agréable. Ensuite, j’ai coupé le blanc des lambis en petits morceaux et les ai mis dans du citron (j’ai trouvé que le blanc mangé cru était très bon, bien qu’un peu caoutchouteux). Nous ajouterons du lait de coco pour les faire cuire et les accompagnerons de riz. Le plat s’est révélé être un vrai délice. En plus, il nous en reste un repas pour le lendemain vu la quantité de chair que nous avons recueillie.

Nous terminons tranquillement notre après midi à lire et observer ce magnifique endroit. A 18h, nous dînons et nous nous couchons à 19h. A minuit, nous reprendrons la mer pour notre dernière étape : le Guatemala

Mardi 22 février

A minuit, la montre sonne, le réveil est encore difficile ! 30 minutes plus tard, nos voiles sont hissées et nous quittons Vivorillo. Le vent de nord est soufflant à 15 nœuds, la pleine lune nous éclairant, les conditions sont idéales pour ce départ. La fin de nuit est agréable et nous retrouvons les grands fonds vers 10h. Le plateau de Honduras est derrière nous. Nous espérons maintenant garder un rythme de 5,5 à 6 nœuds pour arriver jeudi matin au Guatemala. Malheureusement, un courant contraire de 0,5 nœuds survient  et le vent tombe un peu, nous avançons à 4 ou 5 nœuds. En début d’après midi, le vent revient et nous retrouvons un bon rythme de 6 nœuds. Nous longeons maintenant la côte nord du Honduras. Avant de prendre nos quarts, nous prenons le 2ème ris de la grand voile, le vent d’est soufflera à 20 et 30 nœuds dans la nuit. Nous avons toujours les voiles en ciseaux : cette allure représente au moins 80% de nos navigations depuis le départ.

Position après 24h : 16°N10 – 85°W36. Distance : 137 milles

Mercredi 23 février

Au lever du jour, nous arrivons au niveau de l’île de Roatan, laissée au nord. Nous admirons la côte sud du Honduras dominée par une chaîne de montagnes, les sommets dépassent des nuages. Vers midi, nous passons entre Roatan et Utila et faisons toujours cap à l’ouest. Le faible courant est contre nous, entre 0 et 0,5 nœuds, du fait que nous naviguons près des côtes. Au large, celui ci porte normalement vers le Guatemala. Dans l’après-midi, le vent tombe et nous renvoyons le ris. Le soir, nous le reprenons car le vent dépasse de nouveau les 25 nœuds. La nuit est calme hormis les 5 ou 6 cargos que nous croisons. La majeure partie d’entre eux viennent de Puerto Barrio : l’unique port de commerce du Guatemala.

Jeudi 24 février

A 6h du matin, nous dépassons le cap  « Cabo Tres Puntas » et nous entrons dans la grande baie du Guatemala. La houle s’arrête. Plus nous nous approchons de Livingstone, plus le vent baisse. Nous renvoyons d’abord toute la voile puis terminons les 3 derniers milles au moteur. Il n’y a plus un souffle d’air quand nous sommes sur la bouée d’atterrissage du Rio Dulce. Les conditions d’entrée sont idéales. Une « lancha » vient à notre rencontre et nous propose son aide moyennant 50 $. Pour le moment nous refusons et essayons d’entrer par nous-mêmes. Malheureusement, nous nous échouons sur un banc de sable à 200m de la bouée (nous avions pourtant suivi les indications de notre guide nautique : cap 225°). Nous faisons marche arrière et mettons notre annexe à l’eau, je pars sonder pendant que Karen reste aux commandes. Un bateau ayant 1,75 m de tirant arrive à passer, en touchant à plusieurs reprises. En sondant, je trouve en effet 1,7 à 1,8 m un peu partout. Nous n’y arriverons pas ! Nous négocions de nouveau avec la « lancha » qui nous attend : l’homme baisse sont prix à 30 $, nous acceptons. Nous lui donnons une drisse de spi afin qu’il incline notre voilier à une gîte de 20° environ. Avec son puissant moteur de 115 cv, l’opération se fait facilement. Nous notons que pendant 0,5 milles, il y a 1,6 à 1,8 m d’eau : nous n’aurions jamais pu y arriver seul à ce moment. Nous mouillons vers 10h 30 dans 2,1 m d’eau,  face au quai de Livingstone. Nous installons notre drapeau jaune dans le mât et appelons les autorités à la VHF. Ils nous disent qu’ils vont venir dans 15 min et nous interdisent de débarquer à terre. 30 min plus tard 5 personnes viennent à bord représentant la douane, le médecin, l’immigration, le port, le 5ème est là pour faire les papiers à notre place moyennant 200 quetzals. Tous remplissent des papiers et nous souhaitent la bienvenue. Pour finir, ils nous indiquent qu’il faudra aller à terre pour finaliser notre entrée. Nous trouvons cela vraiment exagéré.

Après 32h de navigation, nous sommes à la position 15°N49 et 88W44 (Livingstone). Nous avons fait 1733 milles.

Entrée dans le Rio Dulce :

En général, il n’y a pas de vent le matin : l’eau sort du Rio. Dans l’après midi, nous avons noté + 0,2m par rapport au matin du fait qu’un bon vent d’est s’est levé : il était de 20 nœuds. D’ailleurs, il n’y avait plus de courant dans le Rio. Par ailleurs, le coefficient était au plus faible (45) quand on est entré et nous étions à mi marée. Avec les conditions idéales, nous aurions pu sans problème y arriver. Concernant le cap, il faut d’abord pointer un 195° pendant 0,5 mille : viser le grand pilône blanc et rouge à gauche du Rio. Dans nos guides, il était indiqué à 225° mais ce n’est pas tout à fait ce que nous avons constaté. Ensuite, il faut viser Livingstone : le premier quai. Les bancs d’alluvions se déplacent régulièrement et l’entrée ou la bouée peuvent changer de place.

Coût des formalités d’entrée et sortie au Guatemala :

Voici ce que nous ont demandé les autorités (1€ = 10 quetzal):

Pour l’entrée :

-          Immigration : 350 quetzals

-          Douane : 200 quetzals

-          Port : 225 quetzals

-          Immigration : 350 quetzals

Pour la sortie :

-          Immigration : 10$ par passeport pour le tampon

-          Port : 100 quetzals

Il faut donc compter un peu plus de 100€.

Vendredi 25 février

Après une nuit au mouillage très tranquille devant la ville de Livingstone (le vent est tombé vers minuit), nous remontons le Rio Dulce jusqu’à la Frontera. Les paysages sont magnifiques et l’eau y est suffisante pour naviguer (minimum 2,2 m). La matinée est sans vent puis il se lève à l’est dans l’après midi (une dizaine de nœuds). Nous remontons tout le Rio au moteur à 3,5 nœuds et profitons des paysages : c’est magique (voir l’article).

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