Journal de bord Bermudes – Açores

Départ : Lundi 30 mai à 18h

C’est décidé, nous quittons les Bermudes après 10 jours de repos passés dans la baie de St Georges Harbour.  La météo n’est pas terrible : nous aurons 2 à 4 jours de vents contraires faibles. Nous savons que le début de transat sera lent mais nous en avons marre d’attendre un créneau qui ne vient pas ! Ce lundi est consacré aux derniers préparatifs. Gwénaël part à vélo remplir 2 de nos bouteilles de gaz à Hamilton (ils acceptent de remplir nos bouteilles européennes avec du propane pour 10,5$ directement au dépôt de gaz). Karen fait les dernières courses : pommes, sucres, œufs, beurre et 2 tablettes de chocolat ! Tout cela n’est pas donné aux Bermudes mais autant se faire plaisir car la traversée sera longue. Nos amis « Grand mimi » viennent juste d’arriver après 25 jours de mer depuis St Martin, quelques autres connaissances ont mis 18 et 20 jours … Nous faisons ensuite un dernier tour sur internet, passons faire les pleins de gasoil et d’eau à la station service (55 L de gasoil et 170 L d’eau en tout sont dans le bateau). A midi, nous nous régalons avec 2 gros steaks hachés accompagnés de pâtes au beurre, suivi d’un lait chocolaté tout frais des frigos du supermarché : c’est bon de profiter de cela une dernière fois ! Après ce sera poisson à volonté.

                Au cours de la journée, nous faisons nos « au revoir » aux navigateurs rencontrés : Barbara, Philemon, Mango3, Microbe, Tytom ... La plupart attendent un meilleur créneau ou terminent des réparations avant de se lancer dans la traversée. A 18h, les formalités de sortie sont faites, les voiles sont hissées et nous faisons un cap plein est. La nuit est calme, nous effectuons juste un virement de bord pour remonter plein nord suite au changement de direction du vent.

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1er jour : Mardi 31 mai

Un vent d’est, nord-est d’environ 10 nœuds nous fait remonter vers le nord. Nous serrons le vent au maximum et effectuons quelques virements quand il tourne trop vers le nord ou vers l’est. Nous avons du soleil toute la journée. Nous croisons un voilier Australien remontant au 35°N avant de prendre le cap des Açores.

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Position après 24h :33°N45 – 63°W58. Lock : 125 milles

2ème jour : Mercredi 1 juin

Pendant la nuit, le vent tombe complètement au point que nous affalons toutes les voiles pendant 5 h pour nous laisser dériver ! Le bateau se met de travers à la houle, il roule beaucoup et de façon saccadée. Ce n’est pas agréable mais nous avons tout de même bien dormi. Au levée du jour, le vent revient et un poisson  se jette sur notre gros calamar. Nous sommes à peine réveillé que nous nous battons avec un gros Wahoo de 1,22 m. Il tire dure sur la ligne et descend profondément sous l’eau. Après 15 min, nous le sortons de l’eau. J’entreprends ensuite sa découpe. Nous en salons la plus grosse partie, le reste est préparé en marinade, en tartare et grillé. Au petit déjeuné, je m’en fais griller 2 beaux morceaux ! Karen a du mal et préfère rester sur les traditionnelles céréales.

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 Dans la journée, le vent est très faible et tournent sans arrêt : c’est vraiment pénible ! Nous profitons d’un calme l’après midi pour nous baigner et faire un peu d’exercice : abdo, pompes et étirements. Je prépare ensuite une dizaine de nos noix de coco ramassées aux Bahamas. J’extrais la noix de la bogue en faisant une découpe sur la longueur à la scie à métaux, puis écarte les 2 parties avec 2 bons tournevis. Après cela, un petit apéritif sur cet océan calme est bien apprécié ! Cette journée est l’une des plus lentes de notre année.

 Position après 24h : 34°N07 – 62°. Lock : 203 milles (journée : 78 milles)

3ème jour : Jeudi 2 juin

En début de nuit, une barre de nuage approche. A peine dessous, le vent monte et s’établi à 20 nœuds. Enfin du vent ! Nous prenons un ris et naviguons avec notre trinquette. Tout va bien, il n’y a pas de grain et nous avançons vraiment vite. Par contre, la vie à bord est une vraie galère. Apache, gite et tape dans les vagues. Au petit déjeuné, la pate à crêpe préparée la veille ne veut pas se détacher de la poêle et reste dedans !

Enfin, je fête aujourd’hui mes 30 ans, le vent est là, on avance bien et dans bonne direction, c’est déjà un beau cadeau. Pour fêter ça, Karen me prépare un moelleux aux chocolats malgré les difficiles conditions. Il en sera d’autant plus bon,même s’il a brulé un peu au fond de la casserole ( il faut dire que la cuisson s’est révélé très délicate sans four et sans moule) ! Question repas, nous avions prévu du canard confit (emporté avec nous depuis la France) mais nous avons du  changer le menu à cause de notre pêche : ce sera une marinade de Wahoo. Coté météo, le ciel restera gris toute la journée, accompagné de petits crachins mais le bon vent de sud nous fait naviguer au petit largue et nous avalons les milles.

Position après 24h : 35°N18 – 60°W31. Lock : 343 milles (jour : 140 milles)

4ème jour : Vendredi 3 juin

Toujours les mêmes conditions, vent de sud – sud ouest d’environ 20 nœuds, nous approchons du quart de la traversée. En plus, nous trouvons le courant du gulf Stream qui nous fait gagner de 0,5 à 1 nœud. Le GPS ne descend plus sous les 7 nœuds. Nous retrouvons nos activités de transat : lecture, sieste, envoie et lecture de nos messages Iridium … Contrairement à l’aller, nous passons plus de temps à barrer le bateau : l’allure est agréable et il fait surtout bien moins chaud que dans les alizés. Le seul petit contretemps est survenu au petit déjeuné : j’ai préparé du riz au lait avec du lait en poudre, déjà pas très bon car le lait a caillé et en plus, une vague plus forte que les autres a trouvé le moyen de faire valser le bol de Karen sur les banquettes et vêtements. La journée commençait bien mal mais heureusement, elle se termine par l’une de nos plus fortes moyennes de vitesse.

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Position après 24h : 35°N16 – 56°W59. Lock : 517 milles (soit 173 milles jour)

5ème jour : Samedi 4 juin

Les conditions sont identiques à celle d’hier, nous filons à 7 nœuds vers l’est, avec un vent de sud d’environ 20 nœuds. Tout va bien jusque dans l’après midi, nous recevons un message catastrophique de notre père qui nous signale qu’un cyclone ou du moins une tempête tropicale doit traverser notre zone jeudi ou vendredi prochain. Elle est prévue selon les fichiers Grib entre le 50W et 35W – 35N pour la fin de semaine avec des vents de 50 nœuds et des creux de 6 à 8m. Il nous dit qu’il faut faire demi-tour et ne pas dépasser le 55W pour le moment. Ce message plombe notre moral, nous qui prévoyions de mettre moins de 2 semaines, c’est foutu ! Nous réduisons la toile à 2 ris – trinquette, faisons la réception d’un fichier météo et envoyons des messages aux autres voiliers dont nous avons fait connaissance aux Bermudes : Ty Tom, Cayenne, Mango3 et Philemon. Ceux ci nous confirme bien d’attendre le passage de cette tempête tropical !

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Photo du fichier Grib : Dépression prévu entré les Bermudes et les Açores dans 6 jours

Vers 17h, nous décidons de nous mettre à la cape et d’attendre d’avoir plus de précision. Le moral n’est pas au meilleur de sa forme mais ça fait partie du jeu ! Personne ne pouvait prévoir cette dépression quand nous avons quitté les Bermudes et maintenant, nous sommes trop loin pour faire demi-tour. Pour nous réconforter, nous buvons un ty punch avec notre rhum Havana Club acheté à Cuba. Nous nous l’étions interdit mais là, nous sommes comme au mouillage … au milieu de l’atlantique. Nous terminons la soirée par un film québécois. A 21h30, nous nous couchons tous les 2 pour une vraie nuit de sommeil : il n’y aura pas de quart.

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Position après 24h : 35°N46 – 54°W19. Lock : 660 (soit 143 milles jour)

6ème jour : Dimanche 5 juin

Vers 3 h du matin, nous sommes réveillés par une violente pluie avec des éclairs, je me lève pour couper tous les appareils électriques et débrancher les batteries : nous avons déjà cassé notre speedomètre lors du dernier orage, cela suffit !

Au matin, nous cuisinons des pancakes puis consultons nos messages sur l’Iridium, cette grosse dépression remontant des tropiques nous coupera la route et nous devons l’éviter impérativement.

Nous resterons toute la journée « à la cape » avec la trinquette à contre et la barre orientée de façon à ce que le voilier reste bout au vent. Nous l’attachons avec un tendeur. Ainsi, nous dérivons à une vitesse de 1 à 2 nœuds vers l’ouest (il y a environ 20 nœuds de vent de sud). Apache balance un peu plus qu’en navigation mais au moins, il reste à plat et nous ne consommons plus de courant pour faire marcher le pilote.

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Position : 35N53 – 54W59. Lock : 698 milles (soit 38 milles)

7ème jour : Lundi 6 juin

La nuit débute une nouvelle fois par de violents orages, levant une mer très inconfortable qui nous balance de tous les cotés. Après le petit déjeuné, nous reprenons les nouvelles de la météo. Nos parents et amis confirment que la dépression va passer vers le 45W vendredi matin. Nous pouvons donc avancer doucement vers les Açores environ 80 milles / jours en attendant de voir comment évolue la météo. Voilà de quoi retrouver le moral, nous hissons nos voiles au bas ris et décidons d’avancer tranquillement jusqu’à la tombée de la nuit. Le vent augmente à 25 nœuds et tourne vers le sud ouest : nous sommes au largue (une des meilleures allures) et avançons à 6 nœuds avec nos 2 ris de grand voile et notre trinquette. Dans l’après midi, le vent forci à 30 nœuds, nous avançons maintenant à 7 nœuds ce qui est trop. Nous affalons la grand voile pour naviguer au largue avec notre trinquette de 11 m². Nous avançons encore à 5 nœuds.

Position après 24h : 36°N01 – 53°W20. Lock : 780 milles (soit 82 milles)

8ème jour : mardi 7 juin

Pendant la nuit, le vent ne faiblit pas et faisons une moyenne de 5 nœuds avec notre trinquette. Vers 5 h du matin, un énorme grain déverse sur nous des litres d’eau. Juste après son passage, le vent retombe à 20 nœuds en tournant sud ouest. Cette allure  de grand largue est bien plus confortable : le bateau bouge peu, il n’y a plus d’embrun et de vagues arrosant le pont. Nous naviguons désormais génois seul à 5,5 nœuds. Les nouvelles infos météo de nos parents et amis sont encore meilleures qu’hier : la dépression sera plus faible et plus à l’est. Nous pouvons avancer tranquillement.  Cette journée est reposante, nous regardons des films et lisons. Enfin d’après midi, notre père nous confirme que la dépression sera encore plus à l’est et que nous pouvons avancer sans crainte, nous revoyons la grand voile et avons maintenant pour objectif d’arriver le plus vite possible !

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Position après 24h : 36°N00 – 51°W20. Loch : 883 milles (soit 103 milles)

9ème jour : mercredi 8 juin

Les conditions de navigation sont parfaites : vent de travers d’environ 20 nœuds, nous avançons en permanence entre 6 et 7 nœuds. De temps en temps, nous roulons notre génois et mettons notre trinquette quand le vent forci. En fin d’après midi, nous sommes à la moitié de l’atlantique. Nous avons prévu d’ouvrir une boite de cassoulet pour marquer l’occasion, accompagné d’un ty punch en apéritif et d’un verre de vin. Nous finissons ce bon repas par quelques carrés de chocolat en regardant un film !

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Position après 24h : 36°N25 – 48°W11. Loch :1038 milles (soit 155 milles)

10ème jour : jeudi 9 juin

Pendant la nuit, nous voyons 2 cargos, les premiers depuis notre départ. Des orages suivent et nous devons faire plusieurs manœuvres de voiles pour parer les bourrasques et changements de direction du vent. La journée qui suit n’est pas agréable : le vent tourne sud-est, 20 à 30 nœuds, nous sommes au près. Des petites vagues passent régulièrement sur le pont et nous sommes contraints de rester à l’intérieur. Enfin, tout s’arrange dans la soirée : les vents repassent sud à 10 nœuds. Nous remettons toutes nos voiles en place avant de terminer la soirée par un petit film.

Position après 24h : 37°N06 – 45°W08. Loch : 1194 milles (soit 156 milles)

11ème jour : vendredi 10 juin

Pendant la nuit, nous croisons 2 cargos pointant droit sur nous. Nous faisons pour chacun un virement de bord pour les éviter. L’AIS et le détecteur radar les ont bien repérés et signalés. Heureusement qu’ils assurent la veille car notre vigilance a fortement diminué au regard du peu de bateaux croisés depuis notre départ. Vers 4 h du matin, de nouveaux orages arrivent sur nous. Le vent passe en l’espace d’une minute de 13 à 26 nœuds. Je m’affole aussitôt pour rouler le génois, prendre un ris et mettre la trinquette, on ne sait jamais. Suit une pluie d’éclairs, je prie pour qu’il n’endommage pas notre électronique. L’orage passe finalement au dessus de nous sans nous toucher et nous renvoyons la toile après le petit déjeuné.  Au cours de la journée, le vent tourne à l’ouest et un beau ciel bleu sans nuage se dégage. Nous envoyons notre spi lourd pour la première fois sur cette transat retour. Apache gagne ainsi 2 nœuds et fait quelque surf à près de 10 nœuds. Nous profitons aussi du beau temps pour entreprendre un grand nettoyage et nous laver à l’eau de mer. Ici, l’eau est vraiment fraiche, cela nous revigore la peau. Vers 17h, nous affalons le spi pour être plus tranquille.

Position après 24h : 37°N07 – 42°W13. Loch : 1336 milles (soit 152 milles)

12ème jour : samedi 11 juin

La nuit est calme et le vent a faibli à 10 nœuds. Le matin, nous envoyons le spi puis affalons la grand voile. Ce faible vent arrière n’arrive pas à la maintenir gonflée et les claquements qu’elle entraine dans le gréement nous déplaisent. Par ailleurs, nous constatons que la grand voile apporte peu de vitesse supplémentaire. Nous filons tranquillement jusqu’à 22h dans cette allure, entre 5 et 6 nœuds. Pendant ce temps, nous nous reposons et fêtons le soir les 3/4 de la traversée. Nos parents nous font savoir qu’ils nous retrouveront aux Açores pour une semaine, nous sommes heureux de les retrouver.

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Position après 24h : 37°N39 – 39°W37. Loch : 1469 milles (soit 133 milles)

13ème jour : dimanche 12 juin

A 6 h du matin, nous renvoyons le spi tout en sachant que le vent doit forcir dans l’après midi. A 10h, un grain arrive, le vent monte et nous décidons de l’affaler. Peu de temps après, une grosse pluie s’abat sur nous. J’en profite pour sortir dehors me doucher et shampooiner ! Je recueille aussi une vingtaine de litres dans la voile pour faire une petite lessive ! Le vent faibli ensuite pour s’établir à 20 nœuds l’après midi. Nous vivons très confortablement dans Apache quand il est vent arrière, les voiles en ciseau. A 16h h, il ne nous reste plus que 300 milles : ça sent déjà les Açores dans le bateau ! Par contre, nous trainons une ligne de pêche depuis 4 jours et rien ne mord, c’est vraiment étrange, nous avons l’impression qu’il n’y a pas de poisson, hormis des dauphins qu’on aperçoit tous les jours et 2 tortues qui flottaient tranquillement à la surface de l’eau.

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Position après 24h : 38°N15 – 36°W51. Loch : 1607 milles (soit 138 milles)

14ème jour : lundi 13 juin

En début de nuit, le vent d’ouest monte autour de 25 nœuds, avec des pointes à 30. Nous prenons notre second ris et roulons une bonne partie du génois tangonné. La nuit est fraiche et nous n’avons vraiment pas chaud : les tropiques sont loin maintenant. Après notre petit déjeuné, la ligne de pêche s’emballe enfin ! Un petit thon d’environ 5 kg a mordu sur mon gros calamar. Ca faisait 5 jours qu’on la trainait derrière le bateau sans succès. Nous mangerons ainsi du poisson frais à midi. Le thon est vraiment excellent, nous n’en avions pas pêché depuis les Iles Cap vert. Durant toute la journée, un bon vent nous pousse, nous sommes impatients d’arriver, il ne reste plus que 150 milles et nous rêvons des premières choses que nous ferons en arrivant à Florès

Position après 24h : 38°N44 – 33°W45. Loch : 1764 milles (soit 157 milles)

15ème jour : mardi 14 juin

Dernier jour de navigation, le vent doit se maintenir jusqu’au milieu de nuit. Nous ne connaitrons donc pas le redoutable anticyclone des Açores qui aurait pu nous laisser sur place des jours durant, tant mieux ! Dès l’aube, je renvoie le spi. Nous surfons de vagues en vagues à près de 10 nœuds, Apache sens « l’écurie » ! Malheureusement, le vent faibli vraiment vers midi et tombe à moins de 5noeuds. Le spi n’arrive même plus à tenir gonfler car le mat va plus vite de le vent dans la houle, il se prend dans les barres de flèche et s’enroule dans le génois : la galère ! Nous sommes seulement à 15 milles du port de Lajes. Nous finissons la navigation tant bien que mal avec les voiles pour arriver à 19 h au port, c’est extraordinaire d’arriver enfin. Le port de Lajes a été amélioré tout récemment : une petite marina est construite à l’abri du grand mol qui fait désormais de ce lieu un endroit très sur pour laisser son voilier. Une fois Apache bien amarré, nous partons nous dégourdir les jambes, quel bonheur !

Au total, notre transat aura duré 14 jours et 22h et nous aurons parcouru 1889 milles.

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