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25 juillet 2011 1 25 /07 /juillet /2011 17:51

 

Samedi 9 juillet : Apache part de Sao Miguel aux Açores pour l’Irlande. Les 6 premiers jours se passent très bien grâce à une bonne météo. Apache quitte Ponta Delgada sur un bord de près serré vers le nord – nord ouest pour quitter un régime de vent de Nord Est donné par un fort alizé portugais et un anticyclone centré à l’ouest de Sao Miguel.

 

Lundi 11 Juillet : Apache traverse le centre de l’anticyclone, le vent tombe à 0 nœud et tourne de 180°, passant ainsi du près serré au vent arrière. J’envoie le spi pour me dégager de l’anticyclone et avance à 3 nœuds avec 2,8 nœuds de vent apparent. Il fait beau et chaud, la journée est parfaite. J’affale le spi pour la nuit par précaution.

 

Mardi au Vendredi 15 Juillet : Plus Apache s’éloigne de l’anticyclone et plus le vent forçit. Apache navigue toute la journée du mardi sous gennaker, le temps est gris mais un petit vent de 5 à 10 de travers me permet d’avancer à 5 – 6 sous gennaker. La journée est vraiment agréable et j’affale le gennaker pour la nuit. Le vent monte à une vingtaine de nœuds en milieu de semaine, me permettant de faire une belle journée à 175 milles sur 24h avec 1 ris dans la grand voile et le solent entier. Jeudi, je prend  un 2ème ris et j’envoie la trinquette le vendredi.

 

Samedi 16 Juillet : Une semaine après  son départ, Apache est à 450 milles au large de Brest. Une dépression est annoncée pour les 36 prochaines heures. Les vents annoncés seront fort (30 à 35 nœuds) mais maniable, d’autant que je suis dans une allure de largue. Je choisi de continuer ma route sous trinquette seule car la dépression est trop grosse pour être évitée. Ce samedi, les vents sont alors de force 7 avec des rafales à 8, la mer est très forte mais Apache passe bien les vagues, navigant à 70° du vent, faisant un cap de 50° sous trinquette seule.  La mer devient dure, une vague plus forte que les autres à 6 h du matin roule bateau.  Suite à cette brusque secousse, tout le matériel présent sur le côté bâbord (au vent) est projeté dans le bateau. Le temps de remettre un peu d’ordre à l’intérieur, je m’aperçois que le pilote est tombé en panne. Je sors dehors pour amarrer la barre de façon à ramener très légèrement le bateau vers le lit du vent. L’opération est une réussi remarquablement et Apache passe ainsi cette première dépression.

 

Dimanche 17 Juillet : La mer se calme un peu et le vent faiblit. Il souffle de Nord Ouest force 5 à 6, mais les conditions restent dures. J’en profite pour regarder le pilote de plus prêt et je m’aperçois alors que le capteur d’orientation de barre qui est décalibré. Je procède donc au recalibrage : barre bâbord, tribord puis au centre et le pilote repart ! Je renvoie ensuite ma grand voile au 2nd ris.

La vie a bord d’Apache est extrêmement difficile, due en partie aux mouvements brusques et imprévisibles du bateau. De plus froid et humidité s’installent à bord : lors de mes sorties les embruns et les vagues qui inondent le pont s’infiltrent par l’ouverture du capot et  mes vêtements sont trempés.

 

 

Lundi 18 Juillet : A 150 milles de l’Irlande, un nouvel avis de grand frais est annoncé pour l’après midi. A 9h, je replie de nouveau la grand voile, m’attachant serré avec le harnais de sécurité. Le vent monte pour s’établir à 30 nœuds de nord ouest avec des pointes à 35. La mer forcit de nouveau. A 17h UTC, je fais mon point, je suis à 90 milles au large de l’Irlande et pense arriver le lendemain dans la journée. A 19h, je suis tranquillement à l’intérieur, assis à la table à carte à écrire le journal de bord et faire un petit montage vidéo de la navigation sur l’ordinateur. D’un seul coup le côté bâbord se soulève, le bateau se retrouve sur le toit, puis se redresse aussitôt. Le tour complet n’a pas duré plus de 3 seconds et je ne réalise pas ce qui c’est passé immédiatement. Quelques instants après, je comprends que j’ai chaviré, ne voyant plus mon mat du hublot. A l’intérieur, c’est un capharnaüm indescriptible : tout a volé, je suis toujours assis à tribord sans qu’aucun objet ne m’ait percuté, je suis indemne et c’est ce qui importe le plus ! Par contre, le capot n’étant pas fermé hermétiquement, l’eau de mer est entrée en abondance dans le retournement : au moins une centaines de litres. C’est le cahot le plus total ; les vivres ont quitté les équipets : 3 bouteilles de rhums, 2 de vins, 2 de lait se sont brisées et une grande partie de la nourriture et du matériel flotte dans les fonds remplis d’eau de mer.

 

Je regarde à l’extérieur par le capot de sortie, même spectacle de désolation : plus de mât ! Il s’est brisé en 2 morceaux pendant le retournement. Je suis sous le choc et ne sais  pas par quoi commencer. J’enlève d’abord un peu d’eau à l’entrée puis vais cherché l’Iridium. Ses batteries sont en mauvais état et je sais qu’elles ne tiendront pas plus de 10 minutes de communication. Je regarde le tableau électrique et constate qu’il y a encore du courant, les batteries ne sont pas noyées et aucun fil n’est coupé (hormis ceux du mât). J’avoue avoir eu quelques instants de découragement et ai besoin d’un peu de réconfort. J’appelle mes parents qui préviennent les secours, sans déclencher de recherche car je réalise malgré tout que je ne suis pas en perdition : il me reste de la nourriture, de l’eau et il n’y a pas de voie d’eau. Brave Apache !

 

La houle étant forte et mat étant toujours maintenu par les haubans, le risque qu’il endommage la coque et le bateau est important. La mort dans l’âme, je décide donc de m’en séparer en essayant de récupérer tout ce que je peux : drisses, bôme, poulies puis coupe les haubans et largue l’axe tendant l’enrouleur. Tout disparaît en quelques secondes au fond de l’océan. Avant la tombée de la nuit, je fais un peu de rangement à l’intérieur et éponge l’eau de mer qui stagne dans les fonds. Epuisé de fatigue je vais me coucher. La galère continue, mes vêtements sont humides et je m’allonge dans un duvet imbibé de rhum (une bouteille s’est brisée dans la couchette). J’ai froid et n’arrive pas à trouver le sommeil, encore sous le choc.

 

A 6h, dès que le jour se lève, j’essaie de me réconforter en mangeant quelques biscuits épargnés par l’eau de mer et une orange. Puis à nouveau c’est l’inventaire de ce qui me reste pour parcourir les 80 milles restant. Je démarre le moteur, il tourne normalement. Mon pilote ne marche plus à cause du mât tombé : il marque « accbus », j’essaie 2 – 3 manipulations sans succès. Je dois donc barrer pendant car il est impossible de naviguer barre amarrée avec le moteur et je dois toujours rester en veille. Je parviens cependant à bricoler un petit gréement de fortune au cas où je n’aurai pas assez de gasoil : mon tangon est planté dans le mât et j’arrive à le maintenir à l’aide des 3 drisses récupérées : 2 prises dans les barbers de spi et une sur l’amure du gennaker. Je mets ensuite la trinquette à l’avant ; le résultat est honorable car sans le moteur, j’avance à 2,2 nœuds à 100° du vent. Dans l’après midi, le vent tombe et la mer se calme enfin. Après avoir relu le manuel du pilote, je comprend que mes 2 afficheurs sont réinitialisés. Il me suffit juste d’appuyer sur quelques boutons pour définir le « maître » et « l’esclave » et... le pilote repart ! Brave équipier, je suis soulagé.

 

Dans mon capharnaüm intérieur, j’ai la chance de retrouver un briquet qui me permettra de manger chaud ce soir. Après le pire, tout va mieux. J’envoie un message pour rassurer mes parents. Je dois également, toutes les 3h, appeler le Cross de Gris Nez pour leur donner ma position. Ils assurent ainsi mon suivi au cas où un nouveau problème surviendrait. Je lutte toute la nuit contre le sommeil et arrive enfin au lever du jour dans la baie de Rossaveel. Il ne me restait pas plus de 5 litres de gasoil dans le réservoir, c’était vraiment très juste.

 

Je fais le bilan de la situation et constate l’ampleur des dégâts : outre le gréement, l’électronique a beaucoup souffert et une bonne partie est à remplacer. Je me pose aussi beaucoup de questions sur ce retournement et n’arrive pas à  me l’expliquer. La mer n’était pas si mauvaise que cela et j’étais peu toilé. Il a suffit d’une vague pour tout gâcher ! Cette  arrivée sur l’Irlande aura pour moi un goût très amer. Cette fois la lutte se termine, je vais me coucher et m’endors profondément. Le bateau est dans un lieu sûr, je suis sain et sauf mais toujours sous le choc et l’émotion de cette mésaventure.

 

Après ce repos bien mérité et le plein de gasoil fait, je repars jusqu’à GALWAY, 4ème ville d’Ireland et capitale du Connemara. La marina est très sûr et je bénéficie des bonnes infrastructures pour faire l’inventaire de ce chavirage. M’attend maintenant un gros travail de rangement, nettoyage et séchage du matériel, contact avec l’assureur et choix sur les décisions à prendre… Sachez que le moral est bon et qu’Apache naviguera dès qu’il aura retrouvé son gréement !

 

PS : mon appareil photo, ordinateur et disque dur ont été noyé dans l'eau de mer, désolé pour le manque d'illustration !

 

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Published by voilier apache
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commentaires

toto 14/03/2016 16:35

le pogo 850 c'est pas la sécurité sociale .

http://www.hisse-et-oh.com/forums/navigation/messages/1812354-le-pogo

Alain Laffond 30/09/2011 09:14


Bonjour
Viens de lire votre commentaire suite à votre chavirage, bien sorti.
Je vais suivre votre chemin depuis les antilles par Belize et Cuba et Les Bahamas, je serai amené peut être à vous demander des précisions sur votre voyage à la fin de l'année.
Mon bateau à Joao Pessoa Brésil que je retrouve le 3 novembre pour continuer vers les ABC etc.
Bon rertour en France.
Et vous avez un bon blog avec pleins d'infos.
Alain.


voilier apache 22/10/2011 11:25



Bonjour,


Concernant Cuba, je vous recommande la cote sud à partir de Cienfuego : les cayes sont magnifique comparé au nord, vous ne serez pas déçu. Seul petit difficulté : remonter contre l'alizé quand on
vient du Belize.


Bon vent


Gwénaël



Chloé 30/07/2011 17:02


Papa pense à une baleine.Il y en a sur les cotes irlandaises
Nous avons été très inquiet
Que vas tu devoir réparer ?
Revient tu en Bretagne fin Aout
Un marin sans rhum fatigue vite
Méfie toi à nouveau
xavier


voilier apache 31/07/2011 20:20



Pas d'inquiétude maintenant, tout va pour le mieux. J'ai enfin refait surface et profite maintenant des cotes Irlandaises. Je rentre tranquillement vers Cork en longeant la cote, il y a pleins
d'abrits. La vitesse a laquelle j'ai chaviré était vraiment impressionnante. Je ne pense pas que ce soit une baleine, mais certainement une énorme vague qui a déferlé sur moi et m'emportant.
Niveau réparation, c'est surtout le mat qui me manque car tout le reste est a peu près OK. Je pense en avoir un en septembre et vais sans doute rentrer en France en l'attendant. Je laisserai
Apache en Irlande.


A bientot


Gwénaël



Un autre voilier Apache 26/07/2011 22:14


Désolé d'apprendre cette mésaventure et heureux qu'elle se termine bien! Bonne continuation!


voilier apache 31/07/2011 20:28



En effet, c'est déjà presque du passé et je garderai un super souvenir de cette année. Amitiés marines. Gwénaël



emmanuelle 25/07/2011 21:16


Il fallait mieux resté dans les chaleurs des caraïbes. Mais courage pour la dernière ligne droit qui se fera sans autres catastrophe. Bisous


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